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Sécurité
3 novembre 2026

Exfiltration DNS : comprendre, détecter et bloquer un canal de fuite discret

Le DNS sortant est presque toujours autorisé, rarement journalisé, et ne passe pas par les proxys web. Une combinaison qui en fait, depuis plus de quinze ans, un canal de choix pour faire sortir des données d'un réseau sans se faire remarquer.

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L'exfiltration DNS consiste à faire sortir des données d'un réseau en les encodant directement dans des requêtes de résolution de noms. Le principe tient à une particularité que presque tous les pare-feux partagent : le DNS sortant est autorisé par défaut, considéré comme un flux de confiance, et ne transite pas par les mêmes contrôles qu'une connexion web classique. La technique est documentée depuis plus de quinze ans et reste activement utilisée par des groupes APT.

Comment ça fonctionne, techniquement

Encodage — les données à exfiltrer sont converties en Base32 ou en hexadécimal, pour n'utiliser que des caractères valides dans un nom de domaine.
Découpage en fragments — la RFC 1035 limite un label à 63 octets et un nom complet à 255 octets : le résultat encodé est donc fractionné en autant de sous-domaines que nécessaire.
Envoi, fragment par fragment — chaque morceau est envoyé sous la forme fragment.domaine-attaquant.tld, une requête DNS normale en apparence.
Réception côté attaquant — le serveur DNS autoritaire du domaine contrôlé par l'attaquant reçoit les requêtes, en extrait les fragments, les réordonne et les décode — tout en répondant avec des enregistrements plausibles pour ne pas éveiller l'attention.

Le débit obtenu est faible, de l'ordre de quelques kilo-octets par seconde au mieux — largement suffisant pour des identifiants, des clés ou de courts secrets, beaucoup moins pratique pour de gros volumes : exfiltrer 1 Go avec des fragments de 100 caractères en hexadécimal demande plus de 21 millions de requêtes. Pour un canal de retour (commandes vers la machine compromise), l'attaquant utilise des enregistrements TXT ou NULL, capables de transporter du contenu dans la réponse : on parle alors de tunnel DNS, utilisé comme canal de commande et contrôle (C2).

Qui utilise cette technique

Exfiltration de données sensibles — en petite quantité : identifiants, jetons, clés de chiffrement.
Canal C2 — des outils comme dnscat2, le module DNS beacon de Cobalt Strike, ou la variante AK47DNS employée par le groupe Storm-2603.
Validation hors bande en test d'intrusion — Burp Collaborator ou interactsh, qui détectent une exécution de code en observant une requête DNS déclenchée à distance.
Tunneling IP complet — des outils comme iodine encapsulent du trafic IPv4 entier dans des requêtes DNS.
Variante chiffrée (DoH) — le DNS over HTTPS rend le trafic encore plus difficile à distinguer d'une navigation web normale.

Dans la classification MITRE ATT&CK, ces techniques se répartissent entre Command & Control (T1071.004, Application Layer Protocol: DNS ; T1572, Protocol Tunneling) et Exfiltration (T1048, Exfiltration Over Alternative Protocol) — elles interviennent donc après que l'attaquant s'est déjà implanté dans le réseau. Les groupes APT32 (OceanLotus), OilRig (APT34) et Storm-2603 figurent parmi les utilisateurs documentés de cette approche.

Pourquoi c'est difficile à repérer

Un flux de confiance par défaut — la plupart des pare-feux autorisent le DNS sortant sans inspection particulière.
Une journalisation souvent absente — beaucoup d'environnements ne conservent simplement pas l'historique des requêtes DNS émises.
Du bruit légitime en permanence — CDN, antivirus en mode cloud et outils de télémétrie génèrent eux aussi de nombreux sous-domaines, source de faux positifs.
Une discrétion ajustable — un attaquant patient peut ralentir ses requêtes ou raccourcir ses fragments pour rester sous le radar, au prix d'un débit plus faible encore.

Comment détecter une exfiltration DNS

La détection repose sur la corrélation de plusieurs signaux, à partir d'une source de journalisation fiable — le journal DNS Analytical des contrôleurs de domaine Windows, l'événement Sysmon 22 (DnsQuery, qui identifie le processus à l'origine de la requête), le query log de BIND ou Unbound, ou un export vers un SIEM comme Splunk, Elastic ou Sentinel. Les signaux les plus révélateurs : un volume anormal de requêtes d'un même poste vers un même domaine, un nombre élevé de sous-domaines uniques sous un même domaine racine, une longueur de sous-domaine inhabituelle, une entropie élevée (l'aspect « aléatoire » d'une chaîne encodée), ou un pic soudain de requêtes TXT, NULL ou MX depuis un poste de travail classique.

Comment bloquer ce canal

Canaliser le DNS sortant — tous les postes n'utilisent que les résolveurs internes, et le pare-feu bloque le port 53 vers Internet pour tout le reste (voir notre page sur le pare-feu et la segmentation réseau UniFi).
Bloquer le DoH non maîtrisé — par GPO ou MDM, pour conserver la visibilité sur les requêtes — en déployant au besoin du DoT ou du DoH vers un résolveur interne si le chiffrement est requis.
Déployer un Protective DNS — une résolution qui bloque les domaines malveillants connus (approche promue par la NSA et la CISA) : des solutions comme Pi-hole ou une zone RPZ sur BIND conviennent aussi à de petites structures.
Superviser dans la durée — une liste de domaines malveillants connus ne couvre jamais un domaine flambant neuf : la détection comportementale, suivie dans le temps, reste indispensable.

Aucun contrôle isolé ne suffit : c'est la combinaison d'un flux sortant canalisé, d'un filtrage par réputation et d'une supervision comportementale qui ferme réellement ce canal. Vous voulez savoir si votre infrastructure actuelle laisserait passer ce type de trafic sans le détecter ? Parlons-en.

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