REA, pour Reverse Engineer Anything, n'est pas un nouveau désassembleur. C'est un serveur MCP (Model Context Protocol) open source, sous licence MIT, qui fait le lien entre un agent IA — Claude Code, Codex, Cursor, Gemini CLI, et une vingtaine d'autres — et des outils de rétro-ingénierie déjà établis comme Ghidra, IDA ou Hopper. Le MCP est un protocole ouvert qui standardise la façon dont un agent appelle des outils externes : ouvrir un binaire, lister ses chaînes de caractères, décompiler une fonction précise. Le projet comptait environ 395 000 étoiles sur GitHub fin octobre 2026 — un signe de la curiosité qu'il a suscitée.
Comment ça fonctionne
L'utilisateur pose une question en langage naturel. L'agent interroge lui-même Ghidra (ou IDA, ou Hopper) à travers REA, suit les appels de fonctions, lit les valeurs en mémoire, puis revient avec une explication appuyée sur des preuves concrètes — une adresse, une instruction, une constante, une chaîne — et signale explicitement ce qui reste incertain. Les analyses tournent en local, mais les résultats transmis à l'agent passent par le fournisseur du modèle, qui applique sa propre politique de traitement des données : un point à garder en tête avant de pointer l'outil sur un binaire sensible.
Des cibles plus larges qu'un simple exécutable Windows
Un exemple concret : décoder les règles d'un jeu en 12 minutes
La démonstration la plus parlante part d'un binaire Linux stripped (sans aucun nom de fonction) : Moon-Buggy, un jeu en mode ASCII de 1998. En partant des chaînes de caractères visibles dans le binaire, l'agent remonte aux fonctions concernées, les décompile via Ghidra et reconstitue, preuves à l'appui, la logique de défilement, la machine d'états du saut, les tables de sprites et de niveaux, puis génère une version jouable dans le navigateur — en douze minutes environ. Les règles reconstituées se sont révélées exactes, y compris des détails de timing que l'auteur de la démonstration n'avait lui-même pas anticipés.
Le cadre légal, tel qu'il s'applique en France
L'article L122-6-1 du Code de la propriété intellectuelle autorise la personne qui utilise légitimement un logiciel à observer, étudier ou tester son fonctionnement sans autorisation de l'auteur. La décompilation proprement dite, elle, n'est admise que si elle est indispensable à l'interopérabilité d'un logiciel créé de façon indépendante, et sous plusieurs conditions strictes — les informations obtenues ne peuvent ni servir à produire un logiciel substantiellement similaire, ni être communiquées à des tiers hors de ce cadre. Le projet REA lui-même publie une liste d'usages qu'il ne soutient pas : contournement de DRM, de vérifications de licence ou d'anti-triche, développement de cheats, copie de logiciels propriétaires. La responsabilité de ce qui est demandé à l'agent reste, in fine, celle de l'utilisateur.
Ce que ça change, et ce que ça ne change pas
Un outillage qui rend la rétro-ingénierie plus accessible n'est pas une raison de se passer d'un guidage humain, surtout quand l'analyse touche à la sécurité d'un système en production. Vous vous interrogez sur la sécurité réelle d'une application ou d'un équipement dont vous n'avez plus les sources ? Parlons-en.


